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    VIEILLIR

    Vieillir, se l'avouer à soi même et le dire
    tout haut, non pas pour voir protester les amis,
    mais pour y conformer ses goûts et s'interdire
    ce que la veille encore on se croyait permis.

     

    Avec sincérité, dès que l'aube se lève,
    se bien persuader qu'on est plus vieux d'un jour ;
    à chaque cheveu blanc, se séparer d'un rêve
    et lui dire tout bas un adieu sans retour.

     

    Aux appétits grossiers, imposer d'âpres jeunes,
    et nourrir son esprit d'un solide savoir,
    devenir bon, devenir doux, aimer les fleurs,
    aimer les jeunes, comme on aima l'espoir.

     

    Se résigner à vivre un peu sur le rivage,
    tandis qu'ils vogueront sur les flots hasardeux,
    craindre d'être importun sans devenir sauvage,
    se laisser ignorer tout en restant près d'eux.

     

    Vaquer sans bruit aux soins que tout départ réclame,
    prier et faire un peu de bien autour de soi,
    sans négliger son corps, parer surtout son âme,
    chauffant l'un aux tisons, l'autre à l'antique Foi.
    Puis un beau soir, discrètement, souffler la flamme
    de sa lampe et mourir parce que c'est la loi.

     

    Jean Fabié

     

    VIEILLIR

     


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    L’habitude est une étrangère 
    Qui supplante en nous la raison : 
    C’est une ancienne ménagère 
    Qui s’installe dans la maison. 

    Elle est discrète, humble, fidèle, 
    Familière avec tous les coins ; 
    On ne s'occupe jamais d’elle, 
    Car elle a d’invisibles soins : 

    Elle conduit les pieds de l’homme, 
    Sait le chemin qu’il eût choisi, 
    Connaît son but sans qu’il le nomme, 
    Et lui dit tout bas : « Par ici. » 

    Travaillant pour nous en silence, 
    D’un geste sûr, toujours pareil, 
    Elle a l’oeil de la vigilance, 
    Les lèvres douces du sommeil. 

    Mais imprudent qui s’abandonne 
    À son joug une fois porté ! 
    Cette vieille au pas monotone 
    Endort la jeune liberté ; 

    Et tous ceux que sa force obscure 
    A gagnés insensiblement 
    Sont des hommes par la figure, 
    Des choses par le mouvement. 

     

                             Sully Prudhomme

     

     

     


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  • Et voilà " Mr Tony Richard" comme indiqué sur ma bannière, en cas de problème m'en informer et je supprime, voilà tout, votre écrit m'avait plu, et c'est la raison pour laquelle je l'avais mis en image sur mon blog, donc j'ai supprimé comme demandé, je ne suis pas allée sur votre blog vérifier les dires, je fais confiance et il ne me sert à rien d'aller visiter d'autres écrits si je ne peux en faire profiter ni moi même ni personne , d'ailleurs je n'ai pas vos coordonnées qui ont été supprimées avec le texte et les commentaires. Je vous remercie toutefois de votre visite, et vous prie une nouvelle fois d'accepter mes excuses pour vous avoir publié sans autorisation, voilà le mal est réparé par la touche "supprime" bonne journée à vous  et encore merci pour vos mots que j'avais trouvé si beaux........

     


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    Au clos de notre amour, l’été se continue

     

    Au clos de notre amour, l’été se continue :
    Un paon d’or, là-bas, traverse une avenue ;
    Des pétales pavoisent
    - Perles, émeraudes, turquoises -
    L’uniforme sommeil des gazons verts
    Nos étangs bleus luisent, couverts
    Du baiser blanc des nénuphars de neige ;
    Aux quinconces, nos groseilliers font des cortèges ;
    Un insecte de prisme irrite un coeur de fleur ;
    De merveilleux sous-bois se jaspent de lueurs ;
    Et, comme des bulles légères, mille abeilles
    Sur des grappes d’argent vibrent au long des treilles.

     

    L’air est si beau qu’il paraît chatoyant ;
    Sous les midis profonds et radiants
    On dirait qu’il remue en roses de lumière ;
    Tandis qu’au loin, les routes coutumières
    Telles de lents gestes qui s’allongent vermeils,
    A l’horizon nacré, montent vers le soleil.

     

    Certes, la robe en diamants du bel été
    Ne vêt aucun jardin d’aussi pure clarté.
    Et c’est la joie unique éclose en nos deux âmes,
    Qui reconnaît sa vie en ces bouquets de flammes.

     

    Emile Verhaeren

     

    Au clos de notre amour, l’été se continue

     

     

     

     

     


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    Vieillesse commençante

    C’est en vain aujourd’hui que le songe me leurre.
    Me voici face à face inexorablement
    Avec l’inévitable et terrible moment :
    Affrontant le miroir trop vrai, mon âme pleure.

     

    Tous les remèdes vains exaspèrent mon mal,
    Car nul ne me rendra la jeunesse ravie…
    J’ai trop porté le poids accablant de la vie
    Et sanglote aujourd’hui mon désespoir final.

     

    Hier, que m’importaient la lutte et l’effort rude !
    Mais aujourd’hui l’angoisse a fait taire ma voix.
    Je sens mourir en moi mon âme d’autrefois,
    Et c’est la sombre horreur de la décrépitude !

     

    Renée Vivien  ( Haillons)

     

    Vieillesse commençante


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